Il était une fois, à une date inconnue, une jeune fille qui était tombée amoureuse du fils du gros cinsi (fermier) de Lawjale (Lauzelle), mais ses parents s'opposaient à toute relation, voulant sauvegarder la bonne réputation et l'honneur de leur famille; de son côté, le fermier n'aurait pu admettre une mésalliance.

Elle était fort triste la pauvrette et dépérissait à vue d'oeil.

Une fois qu'elle quittait la chapelle de Lawjale, chapelle où elle allait souvent prier pour obtenir la réalisation de ses désirs, elle rencontra, dans le chemin creux allant de la chapelle vers le sud, une vieille femme toute déguenillée, coiffée d'un sac en manière de capuchon, au visage gris et tout ridé, avec des yeux cerclés de rouge et la bouche édentée et gluante; c'était une sorcière qui lui proposa de conclure un pacte avec Satan : chaque soir, elle serait transformée en une magnifique cavale blanche et, par ses hennissements, elle pourrait attirer, vers elle, le jeune fermier, grand amateur d'équitation. Dans sa détresse immense, elle accepta.

Les habitants des environs prétendirent ainsi avoir vu fréquemment, la nuit, rôder une jolie jument blanche. On entendait ses hennissements que le vent emportait à une assez longue distance et un audacieux qui s'était avancé de ce côté, en avait reçu des ruades répétées; nul ne passait plus par là, dès la tombée de la nuit.

Dans les années 1830, ou après, un homme des Bruyères, qui s'était attardé un soir à Wavre et y avait bu plus que de raison, se trouva, vers minuit, face à face avec la jument et envoya, dans la direction de la tache blanche, son bâton-fourche qui se planta dans l'une des pattes de l'animal. Le sang jaillit et du coup la bête fringante reprit sa forme première, celle d'une jolie jeune fille, enfant de pétrons de Blocry; elle était blessée à un bras.

L'ivrogne perdit aussi du coup, dit-on, l'usage de la parole. Après cette aventure, on n'entendit plus jamais les hennissements qui avaient tant brouillé la tranquillité des habitants. Ce fut ainsi un mystère jusqu'à ce que l'homme recouvrât sa voix bien longtemps plus tard, sur son lit de mort.

L'endroit où fut blessée la belle amoureuse s'appella Au Blan Tchfau et la chapelle dont il est question plus haut entendit bien souvent, par la suite, les prières d'autres âmes en peine d'amour.